Connaître le CHU

La compagnie de danse Sylvain Groud

Projet de jumelage avec la Compagnie Sylvain GROUD

Le jumelage avec la Compagnie Sylvain Groud s'inscrit dans le cadre de la politique culturelle du CHU-Hôpitaux de Rouen. Il participe en cela à la volonté de transformation et d'évolution de l'hôpital dans sa relation à la personne malade, dans ses rapports avec ses personnels, enfin dans ses liens avec la ville et son identité.


Photo : Frédéric GRIMAUD - Pièce dansée "L'oubli"

En suscitant interactions et échanges entre les artistes, les patients, les visiteurs et les personnels des hôpitaux, cette politique culturelle vise à créer du lien, à favoriser l'ouverture aux autres au travers de la connaissance et du sensible.

La danse contemporaine, par delà les codes classiques, s'intéresse et intègre des corporéités diverses, elle invente d'autres gestes, d'autres regards.

Dans l'espace et le temps de la maladie, elle réintroduit du jeu, de la sensualité, du plaisir à ressentir, à travailler, à redécouvrir le mouvement, à vivre de façon individuelle et collective.

Dans le cadre de ce partenariat, la compagnie présente, à Charles Nicolle même,  plusieurs pièces de son répertoire « in situ ». Elle propose ensuite, au sein des services,  tant aux patients qu’aux personnels soignants ainsi qu'aux visiteurs d’entrer activement en relation avec la danse. Enfin, les expériences suscitées de part et d’autres par ces rencontres seront sollicitées dans la perspective d’une nouvelle création pour la scène à l’automne 2007.

Ce projet s'inscrit dans le cadre du programme culture à l'hôpital initié par la Direction régionale des affaires culturelles et l'Agence régionale de l'hospitalisation de Haute Normandie.

Denis Lucas - Attaché culturel
Denis.Lucas@chu-rouen.fr

 

 Projet de jumelage avec la compagnie S. Groud
 Philosophie du projet
 La danse à l'hôpital
 Présentation du projet

Le développement du projet artistique qui est décliné ci-dessous s'inscrit dans le cadre de la politique culturelle du CHU de Rouen.


Cette politique est essentielle tout à la fois pour favoriser l'ouverture de l'hôpital  et pour inciter également les structures artistiques et patrimoniales à développer des projets culturels à partir de et avec l'hôpital.

Le fondement de ce projet repose donc sur la rencontre et la confrontation entre des artistes, une structure culturelle professionnelle, les patients et les personnels des hôpitaux. Il s’agit de susciter interactions et échanges à partir de propositions artistiques et culturelles pour favoriser l'ouverture aux autres au travers de la connaissance et du sensible. Car la culture est un élément essentiel à la qualité de vie ; elle est source d'équilibre intérieur et d'ouverture au monde.

 

Photo : David Morganti - Pièce dansée "L'oubli"

La spécificité de la démarche proposée s'énonce par la relation qui pourrait s'établir entre une institution culturelle, le théâtre Rive Gauche, la compagnie " Sylvain Groud" et la population constituée par les personnes hospitalisées, les équipes soignantes, les visiteurs au sein du CHU de Rouen, les publics et plus particulièrement avec cinq unités de l'établissement (unité des adolescentes, le service de gériatrie, le service des infectieux, le service de pédiatrie, le service de nutrition et de soins palliatifs).

Philosophie du projet

Il s'agira de développer un partenariat actif permettant de s'associer à la démarche de recherche de la compagnie "Sylvain Groud" en intégrant son processus de constitution de "matériaux", ouvrant la perspective de création.
L'implication dans le processus de recherche intégrera tant des patients que des personnels soignants des différentes unités selon une démarche préalablement réfléchie avec les partenaires artistiques. La première étape de ce qu'on peut appeler le jumelage consistera pour la compagnie à diffuser sur le territoire de l'hôpital des formes dansées qui susciteront  échanges et dialogues avec la population hospitalière. Ce premier temps est indispensable pour préciser l'engagement de la compagnie autour des notions de don et d'enrichissement réciproque.


Photo : Frédéric GRIMAUD - Pièce dansée "L'oubli"

L'intérêt fondamental de la démarche réside dans le fait que la population de l'hôpital généralement stigmatisée puisse en premier lieu accéder au même titre que tout citoyen à l'apport d'éléments permettant à l'équipe artistique de nourrir son projet mais qu'en outre une démarche d'action culturelle puisse être initiée. Le projet ne peut avoir d'intérêt que dans l'échange obtenu. Chaque partie devant trouver épanouissement à s'investir.

Il s'agit là en effet d'une pratique axée sur une double reconnaissance : chaque partenaire décide de s'associer à l'autre dans une démarche commune et respectueuse. La compagnie "Sylvain Groud" s'enrichit de l'apport fourni par les patients et soignants qui eux-mêmes acceptent et conçoivent l'évolution artistique de leur don et peuvent en suivre l'évolution. En outre, ce sera la possibilité pour les patients d'entrer activement en rapport avec une compagnie qui, en résidence à l'hôpital, permettra d'être confrontée au questionnement de la place de la danse et plus spécifiquement des médiations en jeu autour du corps dans un lieu de soin.

Le projet de la compagnie Sylvain Groud répond dans ce cadre à la nécessité du rôle de l'artiste engagé dans la cité pour le décloisonnement des univers, celui du médical et celui de l'art. Dans une intention de partage, il favorise la rencontre et la circulation entre l'en dedans et l'en dehors de l'institution soignante. Il incite à regarder, à percevoir autrement, dédramatise, et construit, sans interprétation psychopathologique.


La Danse à l'hôpital

La danse contemporaine par de-là les codes classiques s'intéresse et intègre des corporéités diverses, elle invente de nouvelles images, elle renvoie des émotions, elle questionne l'humanité sur ses représentations, elle introduit d'autres représentations du corps, d'autres gestes, d'autres regards, d'autres façons d'appréhender l'espace et les temps. Dans l'espace et le temps de la maladie, elle réintroduit du jeu, de la sensualité, du plaisir à ressentir, à travailler, à redécouvrir le mouvement, à vivre de façon individuelle et collective.


Photo : David Morganti - Pièce dansée "L'oubli"

Afin de mettre en exergue une des spécificités de la danse dans le milieu qui nous intéresse, nous retenons la présence de l'art, et, de manière dynamique, de l'artiste, comme médiation dans la figure triangulaire où les sommets du triangle sont représentés par les malades, les soignants et les visiteurs. L'artiste fait bouger les représentations du corps et les relations qui se sont instaurées, entre les personnes hospitalisées et le personnel soignant.

Le rôle de médiateur tenu par le danseur-chorégraphe donne sens à l'existence de la danse, il symbolise l'émergence d'un élément extérieur à la dualité (soignant-soigné) qui est la base du triangle, et ouvre les habituels espaces de ressentis, dans la relation du patient à lui même, et dans ses relations aux autres, à l'hôpital, où ces relations sont de l'ordre de la prise en charge. L'artiste, en ne prenant pas en charge le patient, travaille, en relation avec les thérapeutes, à préserver, voire à renouer, avec l'autonomie du patient capable d'exister en tant que sujet non réductible à la maladie.

La danse contemporaine peut introduire, dans la relation malade-espace soignant, des modes d'expression perçus comme subversifs, non pas dans le sens de destruction, mais dans un sens de bouleversement des idées et des valeurs reçues. L'artiste est celui qui entre dans l'espace clos de l'hôpital, celui venu d'ailleurs, celui qui doit être choisi, reconnu, intégré, accepté. Il symbolise la continuité avec l'extérieur. Il apporte avec lui, d'autres images; des références différentes, d'autres mises en mouvement et représentations du corps, d'autres relations possibles, d'autres façons de regarder et d'échanger.

L'art, et plus spécifiquement  la danse, trouve sa place à l'hôpital quand elle répond au désir de sa présence, désir partagé entre les chorégraphes et les danseurs. Par le désir dont elle dépend pour exister, la danse peut aider la personne malade, qui est exclue et parfois comme absente, à renouer avec l'affirmation de sa présence au monde, à retrouver son autonomie. Nul ne peut obliger un individu à l'acte artistique et à la rencontre qu'il génère. L'art crée son propre espace de rencontre, il se plie aux seules contraintes qu'il s'impose. Quand le corps médical accueille un artiste à l'hôpital pour qu'il y travaille, son désir rencontre celui du patient qui décide de participer à l'aventure, en toute liberté, d'exprimer un choix.

Présentation du projet

Voir le site de la Compagnie

Le projet de la résidence de la compagnie Sylvain Groud s'adresse à l'ensemble de la population hospitalière (soignants, patients et visiteurs) dans sa partie diffusion de spectacle, de performances, d’improvisations et à quelques services dans sa partie action culturelle.
L'ensemble du projet s'inscrira dans une démarche de création qui  interrogera  les notions de représentations et perceptions du corps et de l'espace à l'hôpital  et cherchera à comprendre comment la danse ouvre d'autres potentialités de geste et réinvente des modes de circulation et de relations.

Note d'intention par Sylvain Groud

"Je me présente, pour la prochaine création de l’automne 2007 de la compagnie, en tant qu’artiste, chorégraphe danseur, ayant comme souhait de venir s’immerger avec l’équipe de création dans l’hôpital, afin d’y re-découvrir la singularité du statut du corps, substance même de notre pièce. Ce désir ne peut exister qu’avec une réelle force de proposition par laquelle les artistes deviennent intervenants, pédagogues, médiateurs.
L’argument de cette création implique que nous agissions en tant qu'homme libre, en tant qu'artiste, pour éviter le danger du porte-parole humanitaire, restant autonome et critique.


Photo : Fréderic GRIMAUD - Pièce dansée "Ma terre nelle"
La particularité du projet repose sur des entretiens d'explicitation (voir infra) Le travail de création proprement dite ne commence qu'avec la transcription et le traitement de ces derniers. Ceux-ci représentent pour nous autant d'évocations du vécu des patients, du personnel et des publics visiteurs au sein de l'hôpital, que nous utiliserons, aussi bien comme sujet de recherche, que comme base d'écriture.

Sur la base de mon rapport au corps en danse, je pars bien sûr avec des désirs, comme par exemple celui de vouloir pointer du doigt les tabous (la mort, la souffrance…), les fantasmes (le corps endormi, passif, le contact des soignants aux malades, entre eux, tous les clichés véhiculés…) tout le registre des manipulations, physiques (mécaniques) comme psychiques (problématique de l'oralité, spécificité du vocabulaire du spécialiste…), tout ce qui amène le corps à être l’objet de médiations au sein de l'hôpital.
Mais il est primordial de noter que cette conception et cette organisation autour de l'outil qu'est l'entretien d'explicitation, nous permet de conserver tout le recul émotionnel nécessaire au traitement d'un tel sujet et de rester libre dans son élaboration et sa maturation, voir même à venir modifier nos repères de départ !
Il est évident que les interprètes se doivent, dans cette démarche, d'être également libres dans leurs champs d'action et leurs registres (danse, jeu, chant…) "

Trois axes définissent les orientations artistiques et culturelles du projet :

Axe 1 : mettre en regard l'espace hôpital et l'espace dansé

L'institution soignante, dans ce projet apparaît comme lieu pour la danse. Poser la question du lieu, c'est introduire la notion d'espace où se déroule l'action du sujet dans son environnement immédiat, à l'égard de lui même, des personnes et des choses qui l'entourent. Et c'est aussi prendre en considération le grand espace qu'animent les hommes par l'architecture.

Cette prise en compte de l'environnement est au centre de la démarche de la compagnie Sylvain Groud depuis 2004. celle-ci consiste à présenter un principe de création composé de plusieurs pièces en solo, duo, trio ou quatuor ; soit cinq petites formes, précises dans leur conception, leurs orientations, indépendantes, in situ et techniquement légères.
L'idée première est de permettre une rencontre originale avec la danse en donnant aux publics des rendez-vous sur des espaces directement accessibles.
Ainsi les petites formes ont été créées sur les lieux de vie comme des lieux du patrimoine : un château, un lieu monastique, des lieux de promenades : parcs et jardins ou encore dans une école maternelle.
Conçues pour l'extérieur (en plein air, en plein jour, au plus proche du spectateur) ou intégrées au lieu d'une durée variable (de vingt minutes à environ une heure), ces pièces chorégraphiques s'adaptent à chaque espace investi et le mettent en valeur tout en inventant avec lui un véritable rapport intime.
Concernant le territoire de l'hôpital, ces petites formes pourraient investir des lieux comme le restaurant administratif, l'anneau central et un espace à l'extérieur  restant à identifier mais qui permettrait à un temps donné d'inviter patients, soignants et visiteurs à assister collectivement à un spectacle dansé. La musique et l'image de ce spectacle étant diffusées simultanément par le canal interne de l'hôpital dans les différents lieux de vie de l'établissement.

Axe 2 : interroger par la danse le regard du soignant et du soigné 

 Les artistes et plus précisément les chorégraphes, en transmettant leur art et leurs écritures chorégraphiques donnent forme à une expression composée de signes qui ouvrent l'accès à d'autres perceptions, à d'autres références, à d'autres limites, au-delà du pathologique, dans le contexte de l'hospitalisation. Ils nous engagent, de façon implicite, individuellement et collectivement, à se tourner vers l'extérieur de soi. Ils peuvent être les incitateurs d'autres regards à porter sur soi-même et sur l'autre.

La compagnie en immersion dans cinq services, interrogera par sa présence les rapports des soignants et des soignés.
Après s’être assuré d’en être reconnu, accepté (pourrait-on imaginer dire suivi ?) grâce aux représentations, tous ces temps préliminaires de présence indispensables, le danseur souhaite venir, par le mode du sensible, appréhender  leurs quotidiens.
Improviser dans une salle d’attente, c’est venir y décoder les langages du corps, c’est traduire les comportements, c’est y ressentir sa fabuleuse énergie ; en comprendre l’enjeu, c’est pouvoir réagir, et en ce qui nous concerne,  par l’improvisation, c’est fusionner, s’opposer, lâcher prise…
(A noter que comme tout travail d’improvisation, l’évènement est simplement à vivre, en restant transmetteur, sans désirer un résultat…)
Evoluer dans le couloir du service, c’est tenter une traversée singulière, dans ses répercussions, c’est être dans ses propres sensations, des bruits, des objets, des individus, du langage, de la distance…pour laisser naître un déplacement poétique qui peut-être viendra questionner le soignant, le soigné.
Danser dans la chambre d’un patient (avec ?), disponible et consentant, c’est au plus intime, être dans une proposition différente, unique, qui peut-être pourrait modifier les schémas de pensées, insuffler le dialogue, créer la rencontre.

Axe 3 : intégrer soignants et soignés dans un processus de création
 
Note d’intention de Frédéric Borde (collaborateur artistique de Sylvain Groud).

La place de l’entretien d’explicitation dans le projet

Le choix d’un outil

Dans le domaine de la création, il est courant et légitime qu’un artiste se propose le thème de son choix, afin d’en exprimer sa propre vision, selon les voies sur lesquelles l’auront engagé ses propres expériences et références ainsi que son imagination. Il peut aussi estimer que ce thème exige d’être documenté, enrichi par l’expérience des autres, il peut vouloir élargir sa perspective au-delà de sa sphère propre.
Dans notre cas, le thème du « corps et ses médiations à l’hôpital » s’est d’emblée donné dans cette exigence. Les relations dans lesquelles se constituent les « corps » ne pouvaient être déduites ni imaginées, elles devaient faire l’objet d’une « enquête » sur les vécus réels et variés.
 
Devant la nécessité de recourir à des moyens nous permettant un recueil de données relatives aux vécus corporels, nous proposons  une certaine technique d’entretien qui semble parfaitement convenir à ce projet. Il s’agit de l’Entretien d’Explicitation.

Présentation de l’entretien d’explicitation

L’Entretien d’Explicitation (EdE) est une méthode d’entretien qui a été élaborée par le psychologue Pierre Vermersch (CNRS, GREX, IRCAM). Son versant pratique (comment l’utiliser) est exposé dans l’ouvrage « L’entretien d’explicitation en formation initiale et en formation continue », ed. ESF, 1994. Son versant théorique (comment expliquer son fonctionnement) est toujours en cours d’élaboration, bien qu’un nouveau livre puisse être attendu pour 2007.

Le titre du livre laisse entendre que cet outil appartient au champ de la formation. Cela n’est vrai que dans la mesure où ce domaine s’avère être le principal utilisateur de l’EdE. Plus généralement, c’est le domaine de l’analyse de pratique qui permet d’illustrer sa fonction.
On peut utiliser l’EdE dans toutes les situations présentant la nécessité de médiatiser le vécu d’une personne dans sa relation  avec un objet.
Dans le dispositif de l’EdE, une personne A est interviewée, une personne B l’interview, et une personne C, facultative, peut observer.


Photo : Frédéric GRIMAUD - Pièce dansée "People"
Il est possible que B sollicite un EdE parce qu’il souhaite connaître le vécu de A, mais il est aussi possible que A sollicite un EdE parce qu’il souhaite connaître son propre vécu.

C’est ici l’aspect le plus paradoxal de cette technique, que P. Vermersch énonce comme un principe fondamental :
« Vivre l’expérience subjective est spontané, sans préalables ni conditions.
Décrire, analyser l’expérience subjective est une expertise. »

Ce constat peut se vérifier à partir de la tâche quotidienne la plus anodine, comme faire ses lacets, par exemple, car dans le déroulement d’une telle action, nombre de traits apparaîtront comme insignifiants, peu de dimensions seront spontanément prises en compte. L’exigence de complétude dans la description d’une tâche réputée simple se heurtera très rapidement à l’absence apparente de signification pour A.

Ainsi, dans les cas où la capacité d’un individu à trouver la « bonne » posture devient essentielle dans l’accomplissement d’une tâche, il faut accompagner cette personne dans la périphérie de sa conscience si l’on souhaite lui faire décrire.
L’EdE apporte donc une expertise dans la description permettant l’analyse de l’expérience.
Après le temps de l’entretien vient la phase de la transcription permettant une analyse, conduite selon les intérêts variables du prescripteur (demandeur).

Cadre déontologique de notre utilisation de l’EdE

La prise de contact avec les interviewés devra se faire progressivement, par le moyen d’une proposition d’entretien informel à propos de la réception des activités de la compagnie au sein du CHU. Dans les cas manifestement favorables, une seconde proposition pourra permettre d’aller plus loin dans les descriptions par la mise en œuvre de l’EdE.
 Comme toute technique d’entretien, celle-ci devra être mise en place dans un cadre déontologique.
Afin de l’esquisser, il est possible d’en décrire trois niveaux.
Dans un premier temps, l’objet et le but de l’entretien doivent être précisément définis et circonscrits, afin de proposer un contrat clairement déterminé à l’interviewé. Cette détermination s’effectue en regard des besoins du prescripteur (dans notre cas, il s’agit de la compagnie Sylvain Groud dans le cadre de son partenariat avec le CHU), des possibilités offertes par le cadre de la mise en œuvre (l’hôpital et ses contraintes) ainsi que des compétences de l’interviewer (qui, en l’occurrence, n’est pas thérapeute).
 Un second espace de détermination des modalités de l’entretien existe au sein même de la technique de l’EdE, il s’agit du « contrat de communication ». Il consiste pour B dans le fait de préciser, autant que nécessaire, l’objet sur lequel il souhaite orienter A, tout en obtenant son accord verbal. Un renouvellement perpétuel du « contrat de communication » répond à la nécessité pour B de s’assurer du consentement de A sans lequel un EdE ne peut tout simplement pas être mené à bien. La conséquence de cette nécessité structurelle sur le plan déontologique est de garantir un espace de liberté pour A. 

Enfin, un troisième niveau répond à cette difficulté : la mise en œuvre de cette technique connaissant d’irréductibles variables, elle rencontre à chaque fois une situation nouvelle, déroutante et formatrice. Il y a donc nécessité pour B de rendre compte de sa démarche auprès d’un superviseur qualifié, apte à déceler d’éventuelles erreurs, méprises, dérives etc. Le niveau de la supervision est donc l’apport d’un regard neutre et éclairé, un espace de médiation indispensable à l’analyse globale et au recadrage des situations. Dans notre cas, nous bénéficierons de la supervision de Nadine Faingold (IUFM, GREX) et de celle de Pierre Vermersch.

 
L’utilisation de l’EdE au sein de notre projet

Il est pour le moment difficile de concevoir le déroulement exact de cette mise en place, car l’absence de précédent nous impose une période de reconnaissance et d’essais. Nous aurons certainement à tenir compte de contraintes encore imprévisibles, liées à la fonction délicate du cadre hospitalier.
Mais pour ce qui concerne l’utilisation de l’EdE dans le contexte de notre projet, nous pouvons d’ores et déjà distinguer deux modalités.

Tout d’abord, comme indiqué précédemment, nous souhaitons nous entretenir avec les personnes présentes dans l’enceinte de l’hôpital, qu’elles soient du public ou bien du personnel. Dans cette approche, nous nous attacherons au fait particulier que l’EdE permet de produire des verbalisations, ouvrant la possibilité de les envisager comme textes sous un angle poétique. Il y a, de notre point de vue, beaucoup à attendre, pour l’imagination, de l’expérience ainsi que des descriptions d’un « retour aux choses mêmes ».
Ce but déclaré pourrait apparaître trivial en regard du fait d’interroger les états du corps à l’hôpital, mais il convient justement de réduire l’objet de nos recueils au plus proche de ce qu’il nous est permis de demander. Notre démarche se veut rester sur le plan de la poésie, de l’esthétique, dans un souci constant de ne déborder sur aucun des champs relevant de la thérapie.

Ainsi, l’analyse des transcriptions se fera selon des critères relevant du jugement esthétique du chorégraphe impliqué dans cette création. Cette phase nous amène à la seconde modalité d’utilisation de l’EdE.

Il sera en effet indispensable de réorienter aussi souvent que nécessaire notre questionnement, en fonction des besoins du chorégraphe. Cette mise au point régulière peut se dérouler sur le mode d’une conversation, mais gagnerait de la précision dans le cadre d’un EdE.
Nous pourrons de plus l’employer au recueil des impressions des membres de la compagnie venus danser à l’hôpital, toujours selon une approche poétique.

L'implication d'une structure culturelle

Le théâtre Rive Gauche, dans sa mission d'aller à la rencontre des publics, pourrait s'inscrire pleinement dans ce projet.
Ainsi le partenariat entre l'hôpital, la compagnie Sylvain Groud, et le Rive Gauche pourrait s'articuler autour des axes suivants :

Développement du jumelage entre le Rive Gauche et le CHU de Rouen.

Le principe du jumelage permet de rendre la culture plus proche. En effet pour de nombreuses personnes, la culture renvoie une image intimidante : beaucoup n'entrent jamais dans un théâtre. A l'hôpital les artistes partent à la rencontre de la population, loin des lieux traditionnellement réservés, comme ils peuvent le faire à l'école ou dans les quartiers. Cette démarche bouscule l'idée d'une culture réservée à des initiés car l'hôpital est un lieu de mixité sociale. Qu'il s'agisse alors, pour certains, d'une découverte, pour d'autres d'un élargissement, la rencontre avec différents modes d'expression artistique s'annonce rarement sans lendemain : susciter l'étonnement, l'émotion, le plaisir, le goût, c'est créer l'envie de prolonger le contact après, en dehors de l'hôpital.
Dans le cadre du projet de la compagnie Sylvain Groud, des stages seraient à organiser, en sachant que leurs contenus, leurs organisations, leurs publics sont à définir avec l’évolution de la création. De plus, il est indispensable de noter que c’est la demande (de tous les acteurs du projet : patients, visiteurs, soignants, public du Rive Gauche, équipe de création) qui créera la proposition ainsi que la chronologie des interventions afin de servir au mieux la cohérence de l’échange.
Sont à mettre en place une moyenne de deux stages, de deux jours par mois…Au sein de la structure culturelle comme au sein du CHU.
Des stages de danse, « traditionnels », motivés par la sensibilisation. Echanger, grâce et par le mouvement. Observer et découvrir, soi et l’autre. S’efforcer de prendre confiance, en soi, en son poids, sa nature, son être…mesurer la quantité de confiance que l’on pense être prêt à donner. S’engager ? Danser ! 
Autant de moyens d’inviter les différentes populations à se côtoyer.
 Des stages « ciblés », adressés en particulier, à un groupe défini permettant un travail intime, développant des thématiques précises, pouvant aboutir à la composition, comme par exemple :
Avec un groupe de soignants (infirmières…), aborder des aspects comme la manipulation, la précision, l’accompagnement mais aussi le détachement, etc.
Avec un groupe de patients (en pédiatrie, adolescentes anorexiques), toute la délicatesse du rapport au corps, au regard de l’autre…

Avec un groupe de personnes âgées, service gériatrie, la mémoire du geste…
Des temps de rencontres pourraient mêler toutes ces différentes expériences et permettre d’autres formes, également dansées.
 Des temps de discussion seraient à proposer en réaction avec le public, à la suite des évènements produits à l’hôpital (pôle éthique, dans les services même) comme au théâtre, qui pourraient à leur tour susciter un EDE.

Accompagner le processus de création

En diversifiant leurs modes d'intervention, en les complétant, les artistes alimentent leur questionnement sur leur art, sur la manière dont ils le vivent au quotidien. Parce que l'hôpital abrite des émotions intenses et interroge sur la vie, la mort, la souffrance, le corps, il établit des correspondances fortes avec l'art et peut amener les artistes à renouveler leurs formes d'expression. Fort de ces convictions et de son expérience dans un établissement de santé, la compagnie Sylvain Groud cherchera au terme de cette résidence de deux années à l'hôpital Charles Nicole de travailler à la réalisation d'une pièce dansée. Le Rive Gauche dans ce cadre pourrait accueillir la compagnie pour les dernières étapes de ce processus de création par un accueil studio permettant la mise en place de répétitions publiques, de présentations publiques, d'étapes de travail et des temps d'échanges en rapport au matériau de création (EdE).
Le jumelage est plus un principe qu'un cadre strict. Ce qui importe c'est l'ouverture réciproque de l'hôpital et de l'équipement culturel.
Grâce au jumelage, le projet culturel au sein de l'hôpital permet des échanges avec l'extérieur et favorise ainsi l'ouverture de l'hôpital sur la cité. Quant à l'équipement culturel impliqué, c'est pour lui un moyen de sensibiliser à ses activités des personnes qui n'y entreraient pas spontanément, tant il est vrai que si chacun de nous est amené potentiellement à fréquenter l'hôpital (l'accident ou la maladie nous concernent tous) plus de la moitié n'est jamais entrée dans un équipement culturel quel qu'il soit.