1. De Hippocrate au 18ème siècle
2. Le 19ème siècle
3. De 1900 à 1954
4. De 1954 à 1976
5. L'année 1976
6. Les années 1980
7. Des années 1990 à aujourd'hui
1. De Hippocrate au 18ème siècle
L'antiquité de l'urologie
La chirurgie urologique est apparue dès les premiers temps de l'exercice médical, comme en témoignent les documents évoquant les rétrécissements du canal uréthral et les calculs vésicaux. Hippocrate évoque la pratique de la taille vésicale pour extraire les calculs vésicaux, mais les risques sont alors considérables, aussi il en déconseille l'usage à ses élèves. Cette chirurgie sera toutefois poursuivie par des maîtres brillants en Orient comme Avicenne (Xème siècle), puis en France par Colot, Ambroise Paré (XVIème siècle), mais rares sont les chirurgiens qui pratiquent cette opération majeure.
La chirurgie urologique est apparue à Rouen au 18ème siècle.
Lorsqu'il prend ses fonctions en 1734 comme chirurgien de l'Hôtel-Dieu, Claude Nicolas LECAT introduit la pratique de la taille vésicale. Il aura rapidement une notoriété nationale, et mettra au point un instrument particulier pour la taille latérale. Dans ce même domaine de l'urologie, il réussit en 1749 la première extirpation d'un polype vésical par dilatation uréthrale chez une femme. Cette époque voit la chirurgie s'individualiser de la médecine, elle devient une véritable spécialité autonome.
2. Le 19ème siècle
A partir du milieu du 19ème siècle, la majorité des interventions de base de la chirurgie actuelle seront initiées et la plupart des grandes villes universitaires auront progressivement un service d'urologie. A Rouen, il faudra attendre plus tardivement que l'Ecole de médecine qui dépendait de Paris ait rang de faculté.
3. De 1900 à 1954
C’est en 1976 que Rouen a une faculté de médecine, dès lors un service d'Urologie individualisé est créé à l'Hôtel-Dieu. Toutefois, avant cela, la chirurgie urologique et des interventions majeures sont déjà réalisées à Rouen car tous les services de chirurgie générale de l'Hôpital de Rouen ont une part d’activité urologique.
Cette activité est nettement affirmée à la clinique chirurgicale du professeur Jacques PETIT, dont les locaux sont à l’Hôtel-Dieu puis à l’Hôpital Général (Charles Nicolle) pendant l’occupation allemande, et à nouveau à l’Hôtel-Dieu au 4ème étage du pavillon Derocque à la libération. Jacques PETIT (1884-1954) fait son internat à Paris auprès de maîtres prestigieux en urologie: en 1910-1911 service ALBARRAN, en 1911 service CHEVASSU. Il acquiert une solide formation en urologie et en chirurgie viscérale majeure, son sujet de thèse en 1912 est les plaies opératoires de la veine cave inférieure.
Il s’installe à Rouen mais la guerre survient. Démobilisé, il exerce à la clinique Saint Antoine qu’il crée et aux Hôpitaux de Rouen. Il est nommé Chirurgien des Hôpitaux en 1920. Nommé Professeur de Clinique Chirurgicale en 1923, il succède au Professeur Alfred Cerné. Une salle de 25 lits de l’hospice général, la salle LEGOUY, est réservée aux « urinaires » qui y restent bien souvent pendant plusieurs semaines. La prostate s'opère en deux temps : énucléation et méchage-drainage, déméchage- fermeture de la vessie, voire en 3 temps s’ils sont précédés d’un temps de drainage vésical en cas d’urémie. La néphrectomie est une intervention réglée mais majeure, les rétrécissements de l'urèthre sont forts nombreux, en particulier post-infectieux, les sondages et dilatations uréthrales sont une partie importante de la pratique de l'exercice urologique. La surveillante de cette salle était une religieuse, à cette époque elles étaient très impliquées dans les services des soins. Le docteur Jean Louis BILLIARD-DUCHESNE (1902-1991) assure une consultation d’urologie médicale et d’endoscopie de 1946 à 1959. Il est un spécialiste national reconnu pour ses travaux sur la détection et la surveillance des tumeurs vésicales causées par une exposition professionnelle aux amines aromatiques, cela en liaison avec le médecin du travail des usines chimiques Kulhman à Oissel.
4. De 1954 à 1976
En 1954, au décès de Jacques PETIT, le titre académique de Professeur de Clinique Chirurgicale est attribué au docteur Pierre JOUANNEAU, chef du service de chirurgie de l’hôpital Charles Nicolle. Le fils de Jacques PETIT, le docteur Jérôme PETIT, nommé Chirurgien des Hôpitaux en 1954, va donner à l’urologie sa dimension de spécialité propre. Il s’est spécialisé en urologie durant son internat et son clinicat à Paris. Ses maîtres en urologie sont les grands de l’époque. Il est interne chez le professeur MICHON, qui est reconnu pour sa grande expérience et sa sagesse, DELINOTTE en est l’assistant, spécialiste de la prostate et du traitement de l’incontinence.
Chez le professeur FEY à l’hôpital Cochin, il sera interne puis chef de clinique. Dans ce service prestigieux, KUSS est assistant. Avec lui, c’est la chirurgie réparatrice qui se développe, le traitement des sténoses de la jonction pyélo-urétérale, le traitement des rétrécissements juxta-vésicaux par l’opération de BOARI-KUSS. Lorsqu’il revient à Rouen, il exerce son activité quasi exclusivement dans le domaine de l'urologie. Son activité est partagée entre la clinique Saint Antoine et l'hôpital à l'Hôtel-Dieu, où il est assistant au sein du service de chirurgie générale du docteur Robert FLOURENS, le service 36, au 2ème étage du pavillon Derocque. Il est le premier urologue rouennais dont la spécialité est à part entière l’urologie.
En 1964, il est nommé, par arrêté préfectoral, Chirurgien des Hôpitaux en urologie. Dès lors, au sein du service du docteur FLOURENS, va être individualisée l'activité d'urologie sous la responsabilité de Jérôme PETIT. Une chambre à 6 lits, puis progressivement une quinzaine de lits, et souvent plus, est réservée aux malades urologiques. Le bloc opératoire, la salle de consultations, le secrétariat (une secrétaire), sont communs aux deux activités, chirurgie et urologie. Une grande salle d’examen au bloc opératoire est dédiée à l’Urologie.
On y pratique les endoscopies, les instillations de nitrate d'argent et d'Argyrol, les dilatations uréthrales avec filiformes, Philips, bougies et beniqués. Les cystoscopies se font avec des cystoscopes à lumière chaude comportant une ampoule électrique en bout d'instrument. Les urétéro - pyélographies rétrogrades (UPR) nécessitent en plus une installation de radiologie (les amplificateurs de brillance mobile n'existent pas), aussi le matériel et les opérateurs se transportent dans le service de radiologie au rez-de-chaussée pour faire cet examen dans de bonnes conditions techniques, mais sans anesthésie.
Les endoscopies concernent exclusivement le bas appareil urinaire, ce sont des uréthro-cystoscopies avec appareil métallique rigide. La résection endoscopique prostatique, la résection des tumeurs vésicales sont déjà régulièrement pratiquées. L'anesthésiste du bloc de chirurgie digestive vient endormir le patient dans la salle d'endoscopie. Les interventions de chirurgie ouverte se font dans le bloc opératoire de chirurgie générale. Durant cette période, Jérôme PETIT développe une activité qui s’étend sur tous les domaines de la chirurgie urologique.
Le traitement chirurgical des lithiases calciques est exclusivement en chirurgie ouverte, avec des interventions souvent complexes et difficiles comme les grandes néphrotomies pour coralliforme, les néphrectomies partielles de poches calculeuses, les pyélotomies sur des bassinets inflammés ou rétractés ou cicatriciels. La tuberculose urinaire et ses séquelles entraînent des sténoses canalaires des voies urinaires hautes ou uréthrales, des rétractions vésicales. La chirurgie réparatrice, les plasties par un greffon colique ou intestinal, les dérivations urinaires sont en plein développement.
La bilharziose urinaire des travailleurs maliens et sénégalais, dont une forte population réside à proximité de l’Hôtel Dieu, cause aussi des lésions sur les voies urinaires nécessitant des gestes d’une chirurgie réparatrice souvent difficile. La pratique des plasties urinaires par des greffons intestinaux a permis de réaliser, en complément d’une cystectomie pour tumeur, les remplacements vésicaux par une néovessie intestinale dont ce sont les débuts. Les techniques de plastie des rétrécissements uréthraux sont multiples selon le siège et le type des rétrécissements, c’est une chirurgie minutieuse qui demande une bonne expérience.
5. L'année 1976
En 1976, la réorganisation des services de spécialité et de chirurgie générale, à l'occasion de l'ouverture du pavillon Félix Dévé sur le site de l'hôpital Charles Nicolle, permet de créer à l'Hôtel-Dieu le premier service d'urologie à part entière. Il est au troisième étage du pavillon Derocque et comporte un bloc opératoire spécifique, des locaux de consultation, deux ailes d'hospitalisation. Le bloc est vaste avec 2 grandes salles d'opération ayant chacune une salle de pré-anesthésie, une stérilisation autonome par autoclave, 2 salles plus petites non sassées pour l'endoscopie opératoire ou diagnostique.
La consultation est à droite du palier central, la salle d'attente à gauche. A la consultation hebdomadaire du patron assistent un ou deux médecins: le docteur Raymond DANGER, urologue médical de formation dermato-vénérologique et attaché dans le service pour les dilatations uréthrales et les cystoscopies, parfois un chirurgien à tendance urologique, le docteur ARCANGIOLLI, parfois un interne ou un chef de clinique. Le secrétariat donne aussi sur le palier, avant l’entrée au bloc opératoire. L’unique secrétaire a déjà bien du mal à tenir à jour les dossiers qui d'année en année vont grossir en nombre et volume, elle sera secondée ultérieurement. Lors de la consultation du patron, la secrétaire est présente et note rapidement à son petit bureau, en sténo, les compte rendus et lettres dictées. La petite aile d’hospitalisation donne sur le palier en face de l'ascenseur. Les 10 chambres individuelles sont petites mais claires car bénéficiant de fenêtres grandes mais dont les joints ont bien du mal à contenir le froid hivernal. Le luxe est un lavabo individuel, mais il faut aller en bout d'aile pour trouver les toilettes communes et la baignoire.
La grande aile a 30 lits répartis en chambres à 2 et 4 lits. Les sanitaires sont aussi communs. Le partage des locaux donne lieu à des occupations communes comme la partie de dés ou de cartes. L'activité chirurgicale comprend toutes les interventions urologiques de l'adulte, dont nous avons vu qu’elle a un champ large, depuis les interventions lourdes comme les cystectomies avec remplacement vésical par une néo-vessie intestinale, les interventions minutieuses d'uréthroplastie, les interventions courantes d’ adénomectomie prostatique mais aussi d’urétérotomie pour lithiase, de pulpectomie car les agonistes du LHRH ne sont pas encore apparus, de néphrostomie chirurgicale pour anurie si la sonde urétérale ne monte pas.
6. Les années 80
A partir des années 80, les endoscopes bénéficient d'une lumière froide puissante et les résections se développent. Toutefois, les malades restent encore préparés par dilatation de leur urèthre pendant les 2 jours précédents. Ils subissent plusieurs sondages pour passer progressivement une sonde de calibre Charrière 16 à 24. Les infirmières savent sonder lorsqu'elles passent en urologie ou apprennent vite. Mais la souffrance exprimée par certains malades à la contre-visite de l'après midi faisait comprendre pourquoi cette spécialité avait la réputation d'être douloureuse.
Douleur partagée par les voies d'abord, ainsi la lombotomie, qui est la voie d'abord classique du rein et des calculs rénaux, est fort douloureuse en post-opératoire, les pompes antalgiques n'existent pas encore. Les dilatations progressives sont abandonnées à partir de 1982 avec l’apparition de résecteurs de plus petit calibre. L‘activité s'accroît progressivement, elle est assurée de façon permanente par le chef de clinique et les 2 internes, toutefois le patron reste très présent, opère, conseille et contrôle chaque fin de matinée.
Le samedi matin a lieu la grande visite puis la présentation des dossiers qui constitueront le programme opératoire de la semaine suivante. Les chefs de clinique de 1976 à 1980 sont : Jean Baptiste DE CUSSAC, Jean Louis BOULAIRE, Jacques MOUSSU, Dominique PAVARD, Philippe GRISE. Ce dernier rejoindra le service d’urologie adulte après un internat en chirurgie à Rouen puis en urologie à l’hôpital Foch chez le professeur Maurice CAMEY et un clinicat en urologie pédiatrique à Rouen dans le service des professeurs Jacques BORDE et Paul MITROFANOFF. Le service a, de plus, assuré la formation urologique par vacations d’ Alain LOUPPE et de Jean Marc CLERET.
Des nouvelles techniques apparaissent : à partir de 1980, les explorations urodynamiques sont apportées par Jacques MOUSSU, puis la rééducation périnéale des incontinences urinaires de la femme par Martine WINDSOR-LARCHER, les néphrostomies percutanées et la chirurgie endoscopique percutanée du rein par Philippe GRISE. La complicité et le soutien des radiologues sont décisifs, une salle du service de radiologie au rez de chaussée est transformée à la demande en salle d'opération, le matériel d’anesthésie et le matériel de bloc sont descendus pour chaque procédure.
L’âge des malades est souvent élevé et la durée moyenne de séjour est de 13 jours. Le service n’a pas d’activité de chirurgie urologique pédiatrique, elle est entièrement assurée à l'hôpital Charles Nicolle par le Pr Paul MITROFANOFF dans le service du Pr Jacques BORDE. En 1986, à son départ en retraite à 65 ans, le docteur Jérôme PETIT pourra confier un service important à son ancien chef de clinique, le docteur Philippe GRISE, Praticien Hospitalier Universitaire depuis l’année précédente. Il est nommé en 1988 Professeur Agrégé en Urologie. Au sein de la faculté, la discipline urologie a désormais sa place au même titre que la néphrologie et la chirurgie générale.
L'équipement du service en matériel se poursuivra, permettant l'essor de l'endoscopie opératoire du haut appareil urinaire et des procédures endo-urologiques sous contrôle d’un amplificateur de brillance. Des locaux supplémentaires seront créés au rez-de-chaussée pour accueillir le centre régional de lithotripsie extra-corporelle. Les transplantations rénales seront débutées avec l'équipe et le matériel de l'Hôtel-Dieu, l'ensemble se transportant de l’autre côté de la ville pour aller greffer dans une salle d'opération mise à disposition au sein du bloc viscéral du Pr Jacques TESTART. En effet le malade est surveillé en post-opératoire en isolement dans le service de réanimation de l’hôpital Charles Nicolle.
7. Des années 90 à aujourd'hui
Les derniers chefs de clinique à l'Hôtel-Dieu sont Denis DADOUN, Olivier BONNET et Louis SIBERT. En 1992, le service d'Urologie est transféré à Charles Nicolle dans le nouveau pavillon Derocque. Le service est au rez-de-chaussée, avec une vraie unité de consultation et d’explorations endoscopiques, le centre de lithotripsie, deux unités d'hospitalisation soit 41 lits, un bloc opératoire commun avec le service de chirurgie digestive. L’Hôtel-Dieu n’est pas oublié pour autant, comme en témoignent certains meubles en bois et l’évocation de souvenirs rappelés par une équipe, dont nombreux sont ceux qui sont restés attachés à leur exercice au sein de ce même service d’urologie.